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Pierre Ordioni : riche esprit et chahuteur

Georges Laffly

Nouvelle revue CERTITUDES - octobre-novembre-décembre 2001 - n°08

Pierre Ordioni se montre dans ses livres tel qu’il fut : indépendant jusqu’au défi, audacieux soldat, et se promenant comme chez lui, en bon diplomate, dans les coulisses de l’histoire. Ces souvenirs sont dans cette ligne, très utiles pour bousculer les respects obligés. Il surfit d’ouvrir une fenêtre pour que les papiers du bureau s’envolent et que le château de cartes s’écroule, rois et valets par terre. Ordioni ouvre la fenêtre. Au Quai d’Orsay, il observe les manoeuvres démochrétiennes et protestantes (grand rôle du Réarmement moral) pour dissoudre les nations dans l’Europe et détruire l’empire français, au nom d’un pieux anticolonialisme (on se demande quels sont aujourd’hui les réseaux les plus actifs). Ordioni suit aussi les intrigues anglaises et américaines pour déposséder la France. Il se bat d’abord pour que nous gardions le Fezzan, où il y a du pétrole : souci de notre indépendance en énergie. Bidault, Schumann, Temple, tous ces ministres s’en moquent, il n’aura pas plus de chance avec le Sahara, qui n’a rien d’algérien. Cette dernière question dépendant de De Gaulle, acquis au monde arabe (par Benoist-Méchin, dit l’auteur, ce qui est étrange), bien décidé à tout en accepter. Par conséquent, jouant contre Israël. Ce qui ressort de ce tableau, c’est que la France dépend de ceci, de cela, tiraillée au point de perdre de vue son intérêt propre. Sur De Gaulle, l’auteur en dit bien d’autres : il se serait suicidé, la France et son armée ? c’est le travail de mat-major de Pétain, dont il était, qu’il s’est approprié. Enfin, on nous assure que Koenig, dès 58, criait : « Il faut rabattre, sinon la France est foutue. » Sur l’Algérie, Ordioni se rappelle qu’il était d’accord avec Boumendjel pour une fédération française. Mais Boumendjel, francisé, laïque, ne voyait pas le caractère religieux du nationalisme algérien, qu’Ordioni souligne en d’autres endroits. Royaliste (avec une hostilité envers le comte de Paris à cause de l’assassinat de Darlan), il a un penchant pour le prince Napoléon, il rappelle le projet de Napoléon III : donner la nationalité française à tous les habitants de l’Algérie qui la demanderaient. Mais il y eut peu de candidats. Cinq ou six ans après, Crémieux naturalisait en masse les juifs algériens, et les musulmans en étaient furieux. Paradoxe.

Ce livre est plein d’anecdotes étonnantes. E. Michelet, ministre de la Justice, téléphonait à Krim Belkacem l’évolution de l’affaire Si Salah. A sa manière, il portait les valises. Ou bien, ce propos de Daniel-Rops à qui Jean XXIII aurait dit : « Avant 50 ou 60 ans, la basilique Saint-Pierre sera un musée. » Surprenant, irritant pour certains sans doute c’est un livre fait pour laver la tête du lecteur. Mais n’allons pas nous plaindre quand après tant de souvenirs convenables et plats, on en trouve de remuants, bien vivants, et criant clairement.

Pierre Ordioni. Mémoires à contre-temps. Nouvelles Editions Latines. 326 p. 180 F.