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Les deux laïcités

Abbé G. de Tanoüarn

Nouvelle revue CERTITUDES - avril-mai-juin 2003  - n°14

Intégrisme laïque : les deux mots qui forment le titre de notre dossier sont piégés l'un et l'autre et aussi l'un par l'autre. Avant de laisser le lecteur s'avancer dans ce dossier, je dois donc le prier de ne pas se laisser abuser... Il est vrai que l'intégrisme est d'abord un terme slogan, dont la signification a beaucoup évolué en un siècle... Nous avions tenté d'en faire l'histoire dans le n°8 de notre revue, en posant la question : les intégrismes sont-ils différents "' ? J'utilise dans ce dossier l'une des significations de ce terme, je suppose que l'intégrisme correspond à une volonté d'établir une théocratie. C'est en tout cas en ce sens que les premiers intégristes (des carlistes espagnols) ont été condamnés par le pape saint Pie X. La théocratie est le régime politique qui abolit la dualité chrétienne du pouvoir spirituel et du pouvoir temporel et tente de substituer à cette articulation fine entre deux institutions, l'Eglise et l'Etat, un monopole spirituel, dont l'Etat est en général le bénéficiaire. Il est difficile aujourd'hui de parler de théocratie, au sens propre, mais il est impossible de ne pas voir que la République a depuis toujours en France une ambition spirituelle. C'est ce qui explique qu'elle soit anticléricale de naissance... Elle considère que les prêtres, ministres indépendants d'un pouvoir spirituel qu'elle n'a toujours reconnu qu'à contre cœur, lui font une sorte de concurrence. On conçoit donc comment les célèbres hussards noirs, les instituteurs, ont été sur le terrain les agents d'influence spirituels d'un pouvoir sans cesse tenté par l'intégrisme, imposant à tous les citoyens une spiritualité obligatoire, enseignant peu ou prou le culte nouveau, le culte de l'homme. Il y a deux laïcités : celle qui se targue de remplacer la chrétienté, en proposant de nouveaux dogmes et une nouvelle morale. On l'appelle aussi "correctness" ou pensée unique. Celle-là, parce qu'elle est une manifestation de "démocratie religieuse", est une des formes les plus répandues et les plus dangereuses de l'intégrisme. Elle se voit aujourd'hui comme une sorte de régime mental planétaire. L'autre laïcité, celle qui n'est pas religieuse, celle qui nous épargnera les guerres de religions, est à réinventer : Emile Poulat nous y aide dans ce numéro...