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Les évêques et la laïcité

Jean-Michel Hardy

Nouvelle revue CERTITUDES - avril-mai-juin 2003 - n°14

Nous venons d'évoquer les actualités de l'intégrisme laïque. Il faut souligner un fait nouveau : cette idéologie, désormais, n'est pas seulement celle des "laïques" eux-mêmes. Elle est partagée par les catholiques, en particulier par les évêques, qui nous exhortent, nous autres, fidèles du rang, à nous considérer d'abord comme des citoyens vigilants et comme des pratiquants de la démocratie. Nos pasteurs répètent comme une antienne : « L'Eglise est dans la démocratie ». Cette formule lapidaire peut paraître sibylline. Elle signifie que la convivialité républicaine est comme l'horizon rétréci d'une Eglise qui a voulu se mettre au service de l'homme. Nous entendons le même discours depuis trente ans. Il faut mentionner cependant un accent nouveau chez les évêques, réunis à Lourdes au début du mois de novembre 2003 comme tous les ans...

Témoin des nouveaux accents du discours des évêques français, Mgr Doré, théologien en titre de l'épiscopat. Dans un entretien avec Elie Maréchal, du Figaro, peu après l'Assemblée de Lourdes, il s'explique sur les nouveaux éléments constitutifs de la laïcité française : « Alors que l'État et les religions avaient progressé jusqu'à récemment dans un dialogue mutuel et constructif, on en vient à réfréner le droit équitable pour tous, par crainte d'un excès de droit revendiqué par une minorité ». Et de porter ce diagnostic sans appel sur les relations actuelles entre l'Église et l'État : « L'islam étant présenté comme un danger du fait des islamistes, la laïcité française se crispe, tend même à régresser vers un laïcisme sourcilleux ». Le terme de laïcisme n'est pas habituel dans la bouche d'un évêque, que sa fonction incline en général à tous les compromis avec la République. Il faut que la situation soit en effet plus préoccupante qu'on ne le dit pour que l'on en soit arrivé à une telle absence de langue de bois.

Mais ce n'est pas tout. Ajoutons que désormais les évêques n'hésiteront plus à revenir sur l'idée d'une fonction publique de l'Église dans la société laïque : « L'islam oblige à considérer à nouveau que toute religion a un impact public. » Il n'est pas question de déférer à la volonté de ceux qui entendent « confiner (le religieux) dans le sanctuaire de la conscience ».

Oh ! Cela ne signifie pas que Mgr Doré aurait abjuré la « liberté de recherche » de chaque croyant, telle que l'enseigne le second concile du Vatican. Cela ne veut pas dire que la société se devrait de pratiquer une sorte de préférence catholique, reconnaissant ainsi une autorité à l'Église fondée par Jésus-Christ pour le salut de l'humanité. Notons d'ailleurs que les évêques eux-mêmes ne parlent plus jamais nommément de l'Église catholique quand ils s'expriment sur la laïcité ; ils parlent « des religions » (raisonnables) et « des intégrismes » (déraisonnables). Selon eux, logiquement, pourvu que l'une et l'autre soient reconnues par l'Etat, il n'y a aucune différence entre ces deux institutions religieuses que sont l'Église catholique et le club des adorateurs de l'oignon, sinon peut-être quant au nombre des adeptes de l'une et de l'autre organisation.

Nous vivons dans un monde qui ne reconnaît de la vérité que celle qui naît du débat

Dans leur esprit, loin de toute discrimination, chaque religion a donc le même droit à l'espace public dans une société essentiellement procédurale. Nous vivons dans un monde qui ne reconnaît de vérité que celle qui naît du débat. Ce que réclame Mgr Doré, par conséquent, ce n'est pas du tout le droit strict de la Vérité catholique a être reconnue comme telle dans son ordre (surnaturel) par la société civile, mais c'est la faculté de participer, en bonne place, aux différents débats qui traversent l'espace public.

Bref, rien de bien nouveau, en somme : tout en reconnaissant qu'elle a du plomb dans l'aile, c'est la fameuse "laïcité ouverte" à laquelle aspire Mgr Doré. A défaut d'être pasteurs d'âmes, puisque décidément Vatican II ne remplit pas leurs églises désespérément vides, les évêques pourront toujours se recycler comme experts en religion. Ils seront consultés comme tels.